L’IES: Présentation

  • 1. Objet de l’Institut


    L’institut européen du salariat (IES) promeut l’histoire, l’observation et la théorie du salariat, entendu comme un ensemble d’institutions de valorisation du travail concourant à la constitution d’une classe de salariés :

    – 1. le salaire à la qualification, les conventions collectives et statuts ;

    – 2. les cotisations sociales et la sécurité sociale : pensions, couverture des soins de santé, allocations familiales, indemnisation du chômage ;

    – 3. le droit du travail, l’ordre public social, le droit de grève, la négociation collecti

    – 4. les syndicats, la démocratie sociale, la représentation des salariés dans les entreprises ;

    – 5. les services publics et les administrations de l’Etat social ;

    – 6. les politiques monétaire, budgétaire et industrielle de plein emploi.

    Ces institutions ne sont pas figées. Elles tendent à gagner d’autres secteurs, comme le logement, la sécurité sociale professionnelle, le financement de l’activité économique, en même temps qu’elles sont l’objet de controverses et sont mises en causes dans des politiques inscrites aujourd’hui sous les dénominations de réforme de l’Etat social ou de modernisation des marchés. L’Union européenne, en rebattant les cartes régionales, pose à un niveau inédit ces controverses et ces politiques.
    En sciences sociales, le salariat fait l’objet d’un déni, par omission et par unilatéralisme : omission dans des disciplines dont, fait social majeur, il devrait pourtant constituer un objet central ; unilatéralisme d’une vision qui le réduit à sa dimension de subordination alors que ses potentialités émancipatrices sont peu étudiées.

    D’une part, en effet, le concept de salariat est affadi dans une notion descriptive de certaines dimensions des rapports sociaux du travail : plutôt qu’étudié pour lui-même, il est envisagé comme terme générique des objets attachés à la condition de salarié. Ces objets, isolés les uns des autres, sont largement étudiés : contenu du travail, emploi et chômage, protection sociale, relations professionnelles, syndicalisme… De même la stratification sociale, les régimes de propriété ou les politiques macroéconomiques sont analysées. Mais les recherches qui envisagent le salariat comme concept interprétatif de ces dimensions de la dynamique économique, sociale et politique sont peu nombreuses, au point qu’on trouve des dictionnaires de sociologie qui n’ont pas d’entrée « salariat ». Ce qui fonde l’originalité de l’IES est l’ambition de faire du salariat un objet théorique, en s’appuyant sur le corpus des courants des sciences sociales qui lui donnent un statut conceptuel.

    D’autre part, aussi bien dans son acception banale d’ensemble de ceux qui ont un statut de salariés que dans ses quelques définitions théoriques, le salariat est rapporté à la subordination, considérée comme sa base substantielle. Les institutions du salariat sont dès lors considérées comme un ensemble de protections visant à sécuriser la situation de fragilité induite de la position de salarié. Le droit du travail repose sur la reconnaissance de cette subordination et sur la nécessité d’en encadrer les effets. Pourtant, la socialisation du salaire est une alternative à la propriété lucrative et à l’accumulation financière essentielles au capitalisme. Ayant déjà permis la reconnaissance à grande échelle d’activités non subordonnées comme celles des retraités, les institutions du salariat sont émancipatrices du travail. C’est pourquoi d’ailleurs elles sont en permanence si controversées, voire retournées en leur contraire ainsi qu’en témoigne la désignation de la cotisation sociale comme « taxe sur le travail ». Les institutions du salariat fondent, au moins en potentialité, la capacité des travailleurs à s’approprier le sens et les objectifs de la production. C’est cette dialectique entre subordination et émancipation, pour l’analyse empirique et pour le travail théorique sur le salariat, qu’entend mettre en lumière l’institut.

    2. Activité de l’Institut


    L’institut se présente comme un réseau européen de chercheurs en sciences sociales attaché à l’analyse sociologique, politique, économique, historique et juridique du salariat européen dans ses diverses institutions ainsi que dans ses logiques nationales et communautaire.

    A ce titre, il produit
    - un séminaire permanent (avec liste de diffusion et rencontres mensuelles) ayant pour objet la rédaction à horizon de cinq ans d’un Traité du salariat, ouvrage de référence dont l’élaboration s’appuiera sur des Notes de l’IES susceptibles de se transformer à terme en une Revue du salariat ;
    - des ouvrages sous son label, académiques ou visant un plus large public ;
    - des journées d’études avec appels à communications dans le cadre des groupes de travail et réseaux thématiques des associations de recherche dans les disciplines des sciences sociales. A terme, des Colloques de l’Institut seront organisés ;
    - des universités d’été associant régulièrement au réseau de nouveaux doctorants.
    Les chercheurs membres du réseau conçoivent la recherche dans son lien aux acteurs sociaux et à l’activité de formation. A ce titre, l’institut :
    - communique en direction des syndicalistes, des gestionnaires d’institutions du salariat, des politiques ; une Lettre semestrielle et un Site internet leur sont dédiés ;
    - entretient des relations suivies avec les organismes de formation des organisations syndicales ;
    - apporte sa contribution intellectuelle à des masters.